Retrouver (ou conserver) la complicité malgré les enfants : tout un défi!
- Sylvianne Poirier
- il y a 9 heures
- 5 min de lecture
-Par Marie-Eve Lachance, intervenante.

Quand on devient parent, l’enfant prend naturellement une place centrale dans notre univers. Notre rôle change. Nos priorités aussi.
La charge mentale qui tourne sans arrêt, les routines, le quotidien, le travail, les finances…
La pression d’être un bon parent, un bon partenaire, un bon employé, un bon ami...
La société qui nous fait sentir coupables dès qu’on met en priorité autre chose que nos enfants.
La peur de mal faire, de «briser» notre enfant, de prendre la mauvaise décision.
Bref… ça fait beaucoup (en tout cas, moi ça m’épuise).
Et dans tout ça, le couple glisse tranquillement vers le bas de la liste des priorités. Pas parce qu’il n’est pas important, mais parce qu’on est fatigué.es, dépassé.es, essoufflé.es.
Pourtant, une relation de couple saine permet de faire équipe, de mieux communiquer et crée un climat positif qui se transmet à toute la famille.
À l’inverse, des tensions constantes, même silencieuses, finissent par se ressentir dans le sentiment de sécurité et de bien-être de chacun.
Marcher sur des œufs… ou rouler des yeux?
Se pourrait-il qu’en ce moment, vous ayez l’impression de marcher sur des œufs avec votre partenaire? Ou à l’inverse, que vous ayez envie de rouler des yeux dès qu’il ou elle ouvre la bouche?
Que chaque petit sujet mène au conflit… même quelque chose d’aussi banal que la question « qu’est-ce qu’on mange pour souper? »
Quand on commence à voir l’autre comme un ennemi.e plutôt que comme un allié.e, ce n’est pas parce qu’on aime le conflit ou qu’on veut punir l’autre (même si ça a l’air de ça).
C’est parce qu’on cherche à se protéger.
Et pourquoi cherche-t-on à se protéger au juste? Parce qu’on ne se sent pas en sécurité. Et si on ne se sent pas en sécurité, c’est parce qu’on n’est plus connecté à notre partenaire.
Boum.
Effectivement quand la connexion est absente, notre cerveau nous fait passer en mode survie, même sans danger réel.
Et en mode survie, on se défend.
On écoute moins, on ne travaille plus en équipe.
Et tranquillement, on perd notre complicité.
La sécurité, ce n’est pas l’absence de conflits
Gabor Maté, médecin canadien reconnu pour ses travaux sur les traumatismes et le développement de l’enfance, l’explique très bien :« La sécurité n’est pas l’absence de menace, mais la présence du lien (de la connexion). »
On a souvent tendance à vouloir régler les problèmes trop vite. À se concentrer sur quoi faire plutôt que sur comment se reconnecter. Mais sans connexion, même les meilleures solutions fonctionnent mal. On tourne en rond.
Donc, avant de chercher des solutions, il faut d’abord rétablir la connexion. Parce que c’est à partir du lien et non du combat que les vraies solutions émergent.
Reconnecter… oui, mais concrètement, comment on fait?
Quand on parle de connexion et de complicité dans le couple, on peut penser à quatre éléments essentiels :
se regarder, s’écouter, s'aider et se toucher.
Quand un de ces éléments disparait, il devient plus difficile de maintenir les autres. Et petit à petit, on peut se sentir incompris.e, blessé.e, seul.e… même en vivant sous le même toit.
Mais bonne nouvelle quand même : la complicité n’est pas nécessairement perdue, peut-être juste endormie! (Fiou!)
Voyons comment on peut nourrir tout ça, dans une vraie vie de parents (avec du bruit, du chaos et peu de temps).
Se regarder
Se regarder, c’est prendre le temps de remarquer l’autre. C’est apprécier, souligner les bons coups, remercier l’autre pour ce qu’il fait au lieu de toujours pointer ce qui manque ou ce qui est mal fait (on a tous tendance à le faire quand on est fatigué.es ou irrité.es).
Ça peut être très simple :
« Wow, c’est beau ce que tu portes. »
« J’aime quand tu fais ce repas, il est vraiment bon. Merci! »
« Bravo pour ton intervention avec notre enfant tout à l’heure. Tu as bien géré ça. »
Parfois, se regarder, c’est aussi juste prendre quelques secondes pour vraiment voir la personne avec qui on partage notre vie, celui ou celle de qui on est tombé.e amoureux.se… et pas seulement le parent fatigué ou le co-gestionnaire du quotidien.
S’écouter
S’écouter, c’est écouter pour comprendre, pas pour se défendre (oui, c’est plus facile à dire qu’à faire, je sais!).
Ça veut dire chercher à comprendre le point de vue de l’autre, même quand on n’est pas d’accord. Comprendre ne veut pas dire approuver. Ça veut simplement dire :« Je comprends pourquoi, avec ton vécu et ton histoire, tu ressens ça comme ça. » Faites preuve de curiosité empathique.
Les émotions de votre partenaire ne sont pas votre échec.
Avant de chercher une solution, on accueille, on écoute, on comprend.
Les solutions seront beaucoup plus utiles après.
Ça pourrait ressembler à « Tu te sens épuisé.e en ce moment? Je comprends, c’est vrai qu’on en a beaucoup à gérer, veux-tu m'en parler plus? »
S’aider
S’aider, c’est redevenir des alliés.
S’encourager dans nos objectifs personnels. Se soutenir dans le quotidien. Voir la charge familiale comme une co-gestion faite par deux personnes responsables, et non comme une liste de tâches à distribuer.
Le ton change alors naturellement :
« Comment voudrais-tu qu’on fonctionne pour cette tâche ?»
« Avais-tu des idées pour notre organisation de la fin de semaine »
Plutôt que :
« Tu iras faire l’épicerie s.v.p. je t’ai fait une liste. »
« Pourquoi tu n’as pas encore fait la vaisselle? »
Se toucher (oui, même quand on est parents)
Se toucher, ce n’est pas seulement la sexualité. C’est le contact physique, les câlins, les regards, la proximité, la tendresse (ou autre, en fonction de nos différents langages amoureux).
Avec des enfants, ce n’est pas toujours simple de retrouver un rythme qui convient aux deux partenaires. C’est pourquoi j’aime beaucoup l’idée des rituels. L’intimité peut se vivre de différentes façons, et en laissant tomber les pressions sur ce que « ça devrait être », on peut créer quelque chose qui nous ressemble vraiment.
Quelques idées de rituels de couple:
Chaque semaine, un moment de couple, même simple : écouter une émission collés, jouer à un jeu de société (on en a justement un pour vous juste ici), jaser, se faire des massages, partager un moment d’intimité… ou juste être ensemble sans interruption (oui, sans personne qui crie « MAMAAAN » chaque 30 secondes). Et si vous avez la chance d’avoir des gardiens.nes, pourquoi pas en profiter pour faire une petite sortie?
Une fois par mois, prendre un moment pour faire une mise à jour du couple : ce qui va bien, ce qu’on apprécie, ce qui est plus difficile et ce qu’on aimerait améliorer, que ce soit en lien avec le couple ou encore la gestion familiale, toujours dans une optique d’équipe.
Chaque jour, trouver quelques minutes pour se parler. Même 5 minutes peuvent faire une énorme différence. Ça pourrait être avant de partir travailler le matin si vos enfants prennent l’autobus et que vous avez un moment seuls; ça pourrait être sur l’heure du dîner en FaceTime ou au téléphone; le soir en rangeant la cuisine ensemble une fois les enfants couchés afin de joindre l’utile à l’agréable ou bien prendre un 5-10 minutes sur l’oreiller avant de dormir. Le moment parfait n’existe pas, mais le bon moment se crée.
Oui, la vie de parents est intense. Le couple passe souvent après. Mais la complicité n’est jamais bien loin : elle attend juste qu’on lui fasse un peu de place, qu'on la réveille!
Pas besoin de tout régler.
Pas besoin d’être parfaits.
Juste besoin de se rappeler qu’on est dans la même équipe.
Alors allez-y. Regardez-vous un peu plus. Écoutez-vous un peu mieux. Prenez-vous dans vos bras, même quand la vaisselle déborde!
Votre couple mérite autant de soin que tout le reste.
Et si vous sentez que votre couple aurait besoin d’un petit coup de pouce, saviez-vous que nous offrons un atelier intitulé Être parents tout en conservant sa complicité? En collaboration avec l’organisme Ressources Naissances, nous l’offrons environ deux fois par année. Cliquez ici pour plus d’informations!











































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